
Les premières minutes de ce premier film de Mia Hansen-Løve nous plongent dans le quotidien de Grégoire Canvel, un homme pressé. Un téléphone en permanence à l’oreille, parfois deux, il court d’un rendez-vous à un autre, grimpe dans sa voiture, s’en grille une en traversant un arrondissement, fait un saut au bureau, continue une conversation, règle un problème, rassure une assistante, rappelle un auteur, s’en rallume une, prend la route, le téléphone toujours collé à l’oreille.
Voilà ce qu’est la vie de ce producteur de cinéma, qui tente de maintenir sa boîte la tête hors de l’eau. Dans un marché difficile, Moon Films fait le choix de réalisateurs originaux, pour un catalogue de films d’auteurs dont le succès commercial ne sont pas franchement au rendez-vous. Au travers Grégoire, on découvre la vie d’un homme passionné par son milieu, mais également la réalité de la production d’un film : les caprices du réalisateur, des acteurs, les retards, les factures, les banques qui rechignent à soutenir, et les dettes qui s’accumulent.
Pour autant que Canvel soit un être chaleureux et dynamique, viendra un moment ou la pression sera trop forte, et l’homme jusque là radieux, investisseur confiant, père et mari aimant, finira par plier et par disparaître, laissant derrière lui l’incompréhension, un deuil difficile et des dettes. Sa femme se battra alors pour boucler les budgets de ses derniers projets, et accorder une belle sortie à Moon Films.
Difficile d’expliquer précisément l’engouement qu’à suscité Le père de mes enfants, qui malgré un synopsis assez sombre reste un film éminemment coloré, heureux, laissant rapidement le malheur disparaître au profit de la détermination et des projets. Louis-Do de Lencquesaing porte littéralement toute la première partie du film, dans un rôle de producteur à l’allure aristo-moderne qui est délectable et mérite d’être salué, avant de laisser la place à Chiara Caselli et Alice de Lencquesaing, qui reprennent le flambeau de la seconde partie, se révélant à la fois femmes blessées et femmes fortes. Pour son deuxième long métrage, la jeune réalisatrice signe un film délicieux qu’on conseille sans demi-mesure.
Brice
Le père de mes enfants, de Mia Hansen-Løve. Avec Louis-Do de Lencquesaing, Chiara Caselli, Alice de Lencquesaing, Eric Elmosnino, … Sortie le 16 décembre 2009. 1h50.



Bonsoir, je confirme que ce film est vraiment bien avec deux parties distinctes. Il est sûr que quand Louis-Do de Lanquesaing disparaît, le film change de registre. Même disparu, on le sent encore présent. Les relations avec ses filles sont magnifiques. Je pense que c’est un film qui est assez proche d’une certaine vérité où de produire un film est une souffrance mais demande surtout une grande rigueur budgétaire. Bonne soirée.
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